Le coquelicot, c'est comme la rose du petit prince : à l'abri de son bouton vert, il n'en finit plus de se préparer, de se faire beau...Et quand il apparaît, un matin, il baille, à peine réveillé, la mine toute fripée...mais déjà superbe !
La robe froissée, de guingois, un de ses jupons mal ajusté, il est tout enchifrené après sa nuit mais voilà ! Aucune fleur n'a autant de désinvolture quant à son accoutrement, mais aucune fleur ne dégage aucun de sauvage beauté !
Le vent peut le malmener, arracher l'un de ses jupons andalous, il ploie, s'affaisse peut-être, un autre est là, prêt à prendre son tour...les insectes l'adorent; les boudons raffolent de son cœur noir, les sauterelles jouent à la complémentarité des couleurs...
La tige poilue qui accroche le soleil porte fièrement la petite lampe éteinte du coquelicot qui fut, toujours avec grâce...
Les coquelicots papillonnent librement au jardin, ils virevoltent dans le potager, se marient aux graminées, à défaut de blé ou d'orge. Je crois qu'ils aiment bien mêler la lourdeur paysanne de leur jupon qui danse, à la grâce des herbes folles. Ce sont deux fous qui dansent dans le vent...
De temps en temps, -soyons encore plus fous !- ils changent de couleur, comme ça, au détour d'un massif... et jouent avec la couleur des autres fleurs.."Tiens, ne trouvez-vous pas que ma jupe sied bien à ce petit géranium ?" Il joue même "au 14 juillet" avant l'heure !
Une averse l'éteint, il ne vit qu'un jour, mais pourtant, quelle énergie dans cette fleur si fragile: les coquelicots sont fleuris au jardin depuis plus d'un mois et fleurissent toujours !